Lettre ouverte au conseil de la concurrence
Ma doléance concerne au premier chef Royal Tobacco, qui vient de succéder à Altadis. Ma doléance ira aussi au conseil de la concurrence , que devrait interpeller la situation de monopole de manufacture et d’importation de tabac. Faudrait-il rappeler que la raison d’être de ce conseil est justement de combattre les monopoles, être une sorte de conseil anti-trust. A défaut, ce ne sera qu’un énième conseil qui s’ajoutera à l’existant, pléthorique, pour les besoins du bilan d’image. Voici l’histoire :
Je suis un fumeur de pipe. Du temps de la " Régie des Tabacs ", j’avais le choix entre trois marques de tabac- " Amsterdamer " , " Clan " et " St Claude ". Ma préférence allait pour " Clan ". Clan, tabac raffiné, coûtait 32 Dhs le paquet, alors qu’Amsterdamer n’en coutait que 28. Entre-temps, la " Régie des Tabacs ", dans le cadre de la privatisation, a été cédée au groupe Franco-Espagnol " Altadis ". Première réalisation- prouesse du nouvel acquéreur ,après quelques mois de gestion/ contrôle de l’ex manufacture Marocaine- retrait du tabac Clan du marché, avec en prime une augmentation du prix du paquet de tabac Amsterdamer pour le porter à 32 Dhs, au lieu de 28 auparavant.
Le fumeur de pipe que je suis n’a plus qu’un et un seul choix forcé. Ou soit consommer- fumer de l’Amsterdamer , tabac que je n’apprécie pas ou soit m’arrêter de fumer, acte que je ne suis pas encore parvenu à prendre.
Détrompez-vous, je ne suis pas encore au bout de mes peines avec la fabrique tabatière dans mon pays. " Royal Tobacco Ltd ", ayant racheté aujourd’hui Altadis, j’avais nourri quelques espoirs que mon supplice du produit unique " Amsterdamer " allait être levé, en raison de la riche gamme du tabac pour pipe Britannique . Espoir déçu et amertume doublée. Non seulement l’embargo du mono- produit Amsterdamer n’a pas été brisé, mais pire encore, le prix du paquet Amsterdamer a été augmenté à 35 Dhs, depuis déjà quelques semaines, sans autre forme de procès et devant un silence de cimetière et une indifférence débile.
Je ne peux que dénoncer les agissements petits- mercantilistes d’Altadis et de Royal Tobacco qui imposent aux fumeurs de pipes une seule et piètre marque de tabac, de surcroît à un prix exorbitant et démesuré par rapport à la qualité du produit offert. De même, je considère contraire à l’esprit de la concurrence le privilège de monopole dont continuera à bénéficier Royal Tobacco, à l’instar de son prédécesseur Altadis.
Au mieux, je relève ici un manque de rigueur et de suivi du cahier de charge lié à la privatisation des la Régie des Tabacs. Au pire, nous sommes devant une situation de complicité de silence d’un gouvernement métayer, qui fait peu de cas de préoccupations citoyennes.
A vos marques Abdelali Benamor et à vos alternatives, avec mes souhaits de succès.
Mostafa Melgou

Commentaires
wahiba le 11/09/2008 à 23:05:17Doléance bien fondée. Pour le gouvernement, toute privatisation est une opportunité de revenus pour colmater les déficits budgétaires. Pour les repreneurs des "privatisables", il s'agira de faire des plus-values au mépris du cahier de charges, en vertu du privilège de l'impunité.
Reste le citoyen et contribuable Marocain qui demeure le dindon de la farce.
Mais qui s'en ficherait?
Tartarin le 15/09/2008 à 15:49:42
Au Maroc, nous n'avons pas besoin d'une concurrence tronquée, soumise à des doubles standards. Concurrence ici et oligopole ou monopole ailleurs.
Nous avons besoin de concurrence loyale, qui requiert comme préalable, des armes égales de compétition et une transparence des comptes. Un minimum.
jamal le 23/09/2008 à 22:31:07
Mostafa
Le sujet que tu traites renvoie à un débat qui ne s'est jamais ouvert, à savoir la légitimité de brader les actifs de tout un pays à des intérêts privés, tout en leur procurant le monopole des marchés, qui relève du droit public.
Si au moins les recettes des privatisations servaient à des projets d'investissements, dont profiteraient les Marocains. Au grand dam du contribuable, le produit des cessions d'actifs publics est orienté, soit à renflouer les caisses de fonds institutionalisé, dont personne n'a le contrôle, ou bien à colmater des déficts budgétaires chroniques et structurels.
zazou le 07/10/2008 à 14:15:07
Le premier souci de tout repreneur est de reprendre sa mise, au mépris de toutes les clauses du cahier de charge, que le gouvernement devrait pourtant suivre et sévie en cas de défaut.
tout a commencé avec Corral qui repris Samir, en passant par Altadis et en ne s'arrêtant pas à Royal Tobacco.